Goyokin ou L'Or du shogun - Hideo Gosha - Japon - 1969

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Goyokin ou L'Or du shogun - Hideo Gosha - Japon - 1969

Message  Cartman le Ven 9 Avr - 15:39

L'histoire se déroule au XIXe siècle dans l'île de Sado, au Japon. En raison du rude climat local, le han (fief japonais) survit avec de grandes difficultés. L'île de Sado est un lieu de passage des navires officiels qui transportent l'or du shogun, extrait des mines du Nord. Pour assurer la survie de son clan, l'intendant Rokugo (Tetsuro Tanba) décide, avec l'aide d'un groupe de samouraïs, de dérober un chargement d'or après avoir coulé le bateau près d'un village de pêcheurs. Une fois leur méfait accompli, ils exterminent tous les habitants et ce afin de ne laisser aucun témoin derrière eux. Aux yeux du reste du monde, ces mystérieuses disparitions seront un enlèvement d'origine divine.

Arrivé en retard sur les lieux, le samouraï Magobei (Tatsuya Nakadai) découvre avec écœurement l'acte odieux perpétré par les hommes de son clan. Rokugo et Magobei se disputent mais ne se battent pas. En effet, Rokugo est le frère de l'épouse de Magobei. Les deux hommes se font une promesse mutuelle : Magobei choisit l'exil et quitte le han en promettant de ne jamais dévoilé ce qu'il s'est passé. De son côté, Rokugo promet à Magobei de ne plus jamais recommencer une telle barbarie.

Les années passent, Magobei est désormais un ronin itinérant qui vivote en utilisant ses dons de sabreur dans des spectacles de foire. Alors qu'il allait vendre son sabre pour renoncer définitivement à son statut de samouraï (au Japon, le sabre est comme l'âme du guerrier), Magobei se fait attaquer par des tueurs à gage. Il les élimine et apprend de l'un d'eux que Rokugo compte dérober à nouveau une cargaison d'or du shogun car les finances du han sont très mal en point. Pour éviter un nouveau massacre de villageois, et face à la trahison de son beau-frère, Magobei est bien décidé cette fois-ci à le tuer. Il y va de son propre honneur que Magobei a déjà bafoué en fuyant la première fois, comme de la vie de centaines d'innocents. Je pense que, plus qu'une vengeance, c'est une rédemption que recherche Magobei. En route, il croisera des personnages hauts en couleur : un fantasque espion du shogun (l'excellent Kinnosuke Nakamura) et une survivante de la précédente tuerie.

Beaucoup de critiques de ce film en font des parallèles avec les westerns Django et Le Grand Silence, à cause des ambiances boueuses et neigeuses de Goyokin. Je n'y verrai pas plus qu'une simple coïncidence d'autant que ces films sont quasi contemporains. Si j'apprécie de manière générale l'œuvre de Sergio Corbucci, Hideo Gosha est à mon avis un cinéaste supérieur à l'Italien. Goyokin, par ses moyens matériels importants, est aussi un film d'une plus grande ampleur qu'un Django par exemple. Les superbes paysages enneigés sont magnifiquement photographiés. Les combats de sabre sont filmés à la japonaise : fulgurants, ils ne s'éternisent pas dans des chorégraphies élaborées et virevoltantes comme à Hong Kong. Tatsuya Nakadai, avec ses grands yeux tourmentés et sa barbe noire, est parfait en héros torturé. Son personnage n'est pas une abstraction comme peut l'être le héros du western européen : son passé, sa quête et ses motivations sont concrets (la culpabilité, la trahison de la parole donnée). Goyokin est également une intéressante réflexion sur le bushido, le code d'honneur du guerrier et, plus proche de nous, sur la contradiction entre les obligations morales d'un individu et les intérêts présumés supérieurs de sa communauté.

Sincèrement, Goyokin est un film indispensable. Je pense même qu'il est le film idéal pour s'initier au chanbara japonais, surtout si vous êtes un habitué du western européen. Si vous ne l'avez pas encore, jetez-vous sans attendre sur le superbe double DVD Wild Side !

P.S. Je n'apprendrai strictement rien aux connoisseurs mais, pour l'anecdote, les deux principaux protagonistes, Tatsuya Nakadai et Tetsuro Tanba ont tous deux joué dans un western européen : Cinq gâchettes d'or et Cinq hommes armés, respectivement. Amusante, la symétrie des titres.

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Joachim Romero Marchent

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