El Mercenario - Il mercenario - Sergio Corbucci - 1968

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Re: El Mercenario - Il mercenario - Sergio Corbucci - 1968

Message  Richards le Jeu 28 Aoû - 10:43

Je viens de le revoir et je suis toujours aussi admiratif.

Un très grand Corbucci et, n'ayons pas peur des mots, un chef d’œuvre du western.


Une affiche espagnole:






Et des photographies, superbe noir et blanc:










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Re: El Mercenario - Il mercenario - Sergio Corbucci - 1968

Message  Sancho Perez le Sam 28 Fév - 13:38

En farfouillant sur le net, j'ai découvert des musiques du film avec les paroles en français. Quelqu'un sait-il le pourquoi de ces chansons ? Etaient-elles incluses dans la version française du film à l'époque ? Avaient-elles été réalisées mais jamais utilisées dans le film ?



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El Mercenario - Il Mercenario - Sergio Corbucci - 1968

Message  pak le Dim 13 Déc - 19:55

El Mercenario / Le Mercenaire (titre utilisé pour la diffusion TV en France) (Il Mercenario / Salario para matar, 1968) de Sergio Corbucci - Avec Franco Nero, Tony Musante, Jack Palance, Giovanna Ralli, Eduardo Fajardo, Lorenzo Robledo, Álvaro de Luna, Raf Baldassarre... Scénario : Giorgio Arlorio, Adriano Bolzoni, Sergio Corbucci, Sergio Spina, Luciano Vincenzoni d'après une histoire de Franco Solinas - Musique : Ennio Morricone et Bruno Nicolai - Production : Alberto Grimaldi / PEA Produzioni Europee Associati (Rome), Produzioni Associate Delphos (Rome), Profilms 21 (Madrid) - Sortie Italie : 29/08/1968, Espagne : 13/04/1970 et 1ère sortie France : 15/10/1969



Le sujet : Mexique dans le début des années 1910, un mercenaire polonais, Serguei Kowalski dit le "Polak", est contacté par les propriétaires d’une mine d’or pour convoyer le précieux métal loin de la région menacée par les troubles révolutionnaires. Mais à la mine, un ancien mineur Paco Ramon et sa bande ont pendu tous les cadres et l’or est enseveli sous des tonnes de roches après une explosion. Pour le révolutionnaire Paco cet or était nécessaire pour mener à bien la révolution. Le "Polak" le dissuade de creuser, car il faudrait des années pour parvenir au minerai. Contraints de s’associer face au retour de l’armée, Paco paye le "Polak" pour qu’il l’aide à se tirer du guêpier et à construire sa révolution...


Ce que j'en pense (bon je triche, je recycle un avis que j'avais rédigé par ailleurs clown ) :

Un western qui a pour fond le Mexique et ses révolutions du début du XXème siècle, comme bon nombre de films du genre dans les années 1960 et au début des 1970, qu'ils soient italiens (El Chuncho, Companeros, Il était une fois la révolution... ) ou américains (Pancho Villa, Les 100 fusils, Les Professionnels... ).

Au début on hallucine un peu à voir la tête que s'est payé Jack Palance, ou plutôt la coiffure dont il est affligé, avec ses bouclettes dignes d'une mauvaise perruque, et surtout assez ridicule, ce qui n'est pas de bonne augure pour la suite... Et pourtant non... Comme beaucoup de films de genres italiens de l'époque, celui-ci a un sous-texte politique noyé dans la farce et l'action, qui permet une lecture autre que le simple divertissement. Déjà, le fait que le mercenaire donnant le titre au film soit un polonais n'est sûrement pas le fruit du hasard. Moins ancré dans le vécu révolutionnaire que le Coburn irlandais d'Il était une fois la révolution (le personnage sera dans le film de Sergio Leone directement en phase avec les évènements relatés puisqu'ayant réellement été un combattant contre l'autorité dans son pays pour un idéal d'indépendance), le "Polak", comme est surnommé notre héros a surtout valeur de symbole. La Pologne, après avoir connu une éphémère période de liberté après le premier conflit mondial, tombe, comme de nombreux pays européens sous la domination soviétique au sortir du second, pour former ce fameux bloc de l'est de la guerre froide. Mais le pays sera l'une des "républiques" les plus réfractaires au régime communiste de ce bloc, dont la contestation grandissante aboutira au mouvement Solidarność de Lech Wałęsa en 1980, mais ceci est une autre histoire...

Toujours est-il que le personnage du "Polak" est symptomatique d'une certaine conviction communiste européenne de l'ouest qui a les fesses entre deux chaises de plus en plus écartées. Car le communisme des années 1930, utopique et plein d'espoir, a une certaine gueule de bois près de 40 ans plus tard : les exactions et massacres perpétrés par Staline et sa clique commencent alors à être bien connus, d'autant que les pays communistes sont devenus pour la plupart des dictatures. Ainsi notre "Polak" cristallise-t-il les contradictions d'une espérance idéologique, le polonais étant à la fois le représentant d'une révolution réussie, le communisme, mais aussi le contestataire à l'intérieur de celle-ci. Il est aussi l'image de l'ingérence des pays étrangers dans ces révolutions et guerres indépendances qui se multiplient depuis la fin des années 1940. Et, de par son comportement, il préfigure tous ces chefs révolutionnaires qui, après avoir accéder au pouvoir, deviennent ce qu'ils ont combattu, des despotes ou des corrompus : il suffit de voir les conditions contractuelles qu'impose le "Polak" à son acolyte révolutionnaire pour ses services, au point par exemple de monopoliser l'eau de ses compagnons assoiffés lors d'une pénible traversée de désert, juste pour prendre une douche, allusion ironique à la main-mise des grandes puissances sur les richesses des pays qu'ils contrôlent, notamment Moscou avec ses pays satellites, mais, européen parmi des mexicains, le mercenaire représente tout autant les États-Unis alors engagés au Vietnam. On le voit, ce "Polak" est chargé en symboles, et toutes ces allusions plus ou moins explicites au communisme, dans ce qu'il a de bon comme de mauvais, sont forcément liées à la présence de Franco Solinas parmi les scénaristes du film, qui n'aura de cesse d'injecter ses idées ainsi que ses désillusions politiques dans ses écrits pour le cinéma, de La Bataille d'Alger (Gillo Pontecorvo, 1965) à État de siège (Costa-Gavras, 1972), en passant par Queimada (encore Gillo Pontecorvo, 1968), Salvatore Guiliano (Francesco Rosi, 1961) ou L'Assassinat deTrosky (Joseph Losey, 1971). Communiste depuis son adolescence, le scénariste n'hésitera pas à politiser ses histoires, même écrites pour le western transalpin, comme Trois pour un massacre (Giulio Petroni, 1969), El Chuncho (Damiano Damiani, 1966) ou Colorado (Sergio Sollima, 1965) qui se dérouleront pour la plupart dans le contexte remuant du Mexique du début du siècle dernier, terrain propice à l'allégorie politique.

Autant le dire, ce film est une bonne surprise, même pour les réfractaires au spaghetti, d'autant plus si l'on prend en compte le contexte politique, du moins dans ses trois premiers quarts d'heure. Derrière le sourire et l'apparente décontraction, se cache de moins en moins bien un auteur désabusé. Le message est clair, une révolution idéaliste n'a aucune chance d'aboutir face aux puissants en place sans apports extérieurs, au risque de voir ceux-ci devenir intrusifs, constat amer que le duo révolutionnaire / mercenaire va démontrer avec un certain cynisme, ingérence à double tranchant qui peut mener à la défaite si celle-ci se retire. Ainsi les relations entre le "Polak", gourmand, et le pauvre Paco, dépassé, font office de démonstration de ce message avec une belle subtilité qu'on a peu l'habitude de voir dans ce cinéma. De fait, le mercenaire devient le réel tacticien d'un combat qui ne le touche guère, le chef mexicain commandant les hommes au combat mais étant finalement assez peu décideur. De fait aussi, les gains amassés lors de chaque action partent en grande partie dans les poches du polonais, qui a l'intelligence de réclamer des salaires raisonnables afin de ne pas tarir prématurément la source de ses revenus. Les tentatives d'émancipation de Paco vont s'avérer perdantes. La première trouve une issue ironique, claquant comme un avertissement, la seconde sera plus désastreuse.

La désillusion du scénariste est d'autant plus appuyée par les évènements internationaux contemporains au tournage et à la sortie de ce film, c'est-à-dire la guerre du Vietnam, et surtout, plus proche des communistes européens, le Printemps de Prague, qui voit Brejnev, dirigeant l'URSS, sept jours avant la sortie du film, envoyer les chars écraser une tentative de libéralisation de ce qui était alors la République Socialiste Tchécoslovaque. D'ailleurs des unités de l'armée polonaise participèrent à cette répression, ce qui renforcerait a posteriori la symbolique du "Polak" dans le film de Corbucci, mais c'est peut-être aller un peu loin...

L'interprétation ne gâche pas la bonne impression générale. Franco Nero, le mercenaire, dégage un charisme puissant, et son regard, filmé en gros plan, est saisissant. Il se situe entre le mutisme goguenard du héros muet à la Clint Eastwood et le flegme tout aussi amusé d'un James Coburn, tous deux brillamment dirigés par Sergio Leone. Mais Nero ne les singe pas, il a une certaine classe dans son costume de dandy quasi déplacé dans ce monde de sang et de poussière. Il ne les singe pas, non, il se hisse tout simplement à leur niveau. Face à lui, un acteur inhabituel dans le monde du spaghetti (d'ailleurs il n'en tournera pas d'autres), Tony Musante, dans la peau du va-nu-pieds que la faim et les mauvais traitements vont finir par le sortir de sa torpeur et de sa condition d'exploité. Il apporte à son personnage rendu violent par les injustices une belle candeur et une maladresse touchantes, et s'il fait le pitre, c'est sans forcer le trait ou sur-jeu. C'est le personnage le plus intéressant car celui-ci découvre le pouvoir en même qu'il continue à être sous le contrôle d'un supérieur qui l'exploite, plus subtilement que ses anciens patrons, mais qui, dans un certain sens, continue à utiliser sa sueur pour s'enrichir. Paco est de plus celui qui évolue le mieux, se découvrant une conscience au fil des batailles et mésaventures, ce qui distingue le western italien de l'américain, ce dernier peu enclin à faire d'un mexicain un héros de film, encore moins s'il est du bord des opprimés ou des justiciers. Puis il y a Jack Palance. Affublé de sa coiffure improbable, il aurait pu se ridiculiser. Pourtant il parvient, et ce n'était pas là une mince affaire, à la faire oublier, grâce à son jeu inquiétant, dont le calme n'est jamais bon signe. Son personnage n'a aucun scrupule d'aucune sorte, et son unique faiblesse est sa rancune, c'est d'ailleurs sa susceptibilité plus que le gain qui le motive à poursuivre les deux autres larrons, développée suite à une scène mémorable où fier comme un paon, il s'en va nu comme un ver, dépouillé de ses habits et de sa fierté par un pouilleux rigolard sous le regard moqueur d'un étranger. Et faut pas vexer Jack Palance ! Au milieu, je m'en voudrai d'oublier de citer la belle Colomba qui porte les traits et le décolleté de Giovanna Ralli, magnifique avec son sombrero et sa cartouchière. C'est d'ailleurs peut-être elle la plus représentative de l'âme révolutionnaire, pas vraiment dupe du calculateur "Polak" qui n'agit que pour l'argent, ni du naïf Paco, qui lui le découvre et dont la vision politique ne semble pas dépasser la perspective d'un bon repas.

On en vient alors à la réalisation, somptueuse. Sergio Corbucci se montre particulièrement inspiré, et trouve régulièrement des angles intéressants pour filmer et dynamiser le récit et ses scènes d'action. Il a eu de plus certains moyens et cela se voit à l'écran. Son Mexique révolté ne fait aucunement carton pâte, et il instaure une réelle ambiance de chaos où le plus fourni en arme fait la loi, qu'il porte l'uniforme ou pas. Il retranscrit aussi assez bien ce que fut la période révolutionnaire mexicaine, une guerre civile où personne ne faisait ni cadeaux ni prisonniers. Comme pour les gladiateurs de l'antique Rome, c'était malheur au vaincu. D'ailleurs les scènes d'ouverture et finale se déroulent dans une arène, sorte de pied de nez typique du spaghetti au western traditionnel, où l'un des personnages est déguisé en clown dans un duel qui va forcément aboutir à la mort d'un des protagonistes. Le genre de détail que relèvent les allergiques au genre, et pourtant ici ça passe, parce que joliment mis en scène et en adéquation avec le désenchantement ambiant. Ajoutons à cela une très belle photo, de beaux paysages en filmés en 70 mm et une partition musicale entrainante, même si ce n'est pas la meilleure de Morriconne, co-signée ici avec un autre habitué du genre mais moins connu du commun des chalands, Bruno Nicolai (à noter que Quentin Tarantino réutilisera un morceau de la BO pour son film Kill Bill 2, celui de l'arène).

Mais hélas, quelques imperfections perturbent la complète adhésion. Déjà cette fascination pour les armes, jusqu'à l'absurde, défaut récurrent du genre spaghetti. On a ainsi droit à une panoplie de pistolets en tous genres au début du film, que les personnages sortent de diverses poches. Mais le pompon est la mitrailleuse que trimballe notre mercenaire. Un modèle Hotchkiss français dont le chargeur latéral restreint à 24 cartouches et son utilisation sur trépied n'en faisait sûrement pas une arme aussi destructive comme on nous le montre à l'écran, ni une arme très maniable et portable à bout de bras, d'ailleurs ses 25 kilos interdisent toute course de son utilisateur, d'autant plus s'il tente de tirer en même temps... Mais elle n'est par contre pas anachronique (pas comme l'avion qu'on voit bombarder la troupe de Paco, alors que le concept même de bombardier n'existait pas encore, les machines volantes du début des années 1910 ayant déjà du mal à élever ses propres moteur et pilote, alors des bombes... ) puisque l'arme fut produite dès 1900 et utilisée par l'armée mexicaine. On notera à ce propos l'auto-citation du duo Corbucci / Nero à Django dont ils ont contribué au succès, le "Polak" trimballant son arme encombrante dans un étui de contrebasse, référence directe à l'arme planquée dans le cercueil que tire Django.

Mais c'est surtout la dernière partie qui déçoit, car retombant dans les excès caractéristiques du genre, parfois guignolesques. L'évasion finale confine au ridicule, et gâche l'homogénéité d'un film jusque là réussi, où l'on mitraille à tout va et descend un paquet d'ennemis dans un déchainement inutile.

On pourrait aussi reprocher la sous-utilisation de Jack Palance, qui n'apparait que dans quelques scènes. La structure en triangle est nettement moins bien équilibrée que celle de Leone dans Le Bon, la brute et le truand, et si les personnages principaux se font mutuellement des crasses, on n'a assez peu de doute sur l'issue finale.

Toutefois, El Mercenario reste un bon film, une des quelques réussites du genre spaghetti qui n'en compte pas tant que cela. Précurseur d'Il était une fois la révolution dans lequel Leone réutilisera, en mieux de mon point de vue, une partie des éléments de ce film. Corbucci aussi d'ailleurs puisqu'en 1970 sortira son film Compañeros, toujours avec Nero, pour le coup suédois ( ! ), à l'affut du gain et croisant le chemin d'un révolutionnaire mexicain, cette fois-ci campé par un Tomas Millian en roue libre, et faisant face de nouveau à Jack Palance.

Avec El Mercenario, Sergio Corbucci, tout en rendant hommage au maitre (le duel final dans l'arène renvoie directement à l'univers "léonien"), inaugurait ici avec un certain bonheur une trilogie révolutionnaire mexicaine, poursuivie avec Compañeros en 1970 et le rare Mais qu'est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ? en 1972.

S'il est peu probable que ce western italo-espagnol réconcilie les inconditionnels de l'américain avec le genre spaghetti (ou ici avec sa variation western Zapata), il reste un spectacle suffisamment brillant pour que tous les amateurs d'aventures passent un bon moment devant leur écran.


Note : 14/20

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Re: El Mercenario - Il mercenario - Sergio Corbucci - 1968

Message  Rex Lee le Mer 10 Aoû - 9:37


Photo d'exploitation française ("Interdit aux moins de 13 ans") que j'ai en stock depuis longtemps (c'est l'été: je fais un peu de tri car mon disque dur est plein comme œuf...) et qui ne provient évidemment pas de chez qui vous savez*. tongue

*Private joke sans importance ni conséquence.








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